Enclumes de rêve

04 avril 2013

S h, aurkibidea

Sar hitza

Ce blog présente une série de photos et de documents consacrés aux enclumes et bigornes du passé ainsi qu'au travail de la forge.  La plupart sont issues de musées et de collections privées: la très belle présentation de la collection de Pierre Wegmüller au musée du fer à Vallorbe en Suisse, le Musée de l’outil et de la Pensée ouvrière à Troyes, la collection de Claude Pigeard au Musée de l'outil à Wy-dit-Joli-Village dans le Vexin, etc.

Le savoir n’a d’intérêt que s’il est partagé. Sur ce plan là, le livre d’Evelyne et Jean-Michel Boyé a ouvert la voie (1). Il s’agit aujourd’hui sur ce thème d'un ouvrage de référence en Europe. Ce modeste blog apportera un complément à ce travail de grande qualité et nous l’espérons, fera rêver les amateurs et autres passionnés. 

La part du rêve et celle du mythe ont leur importance dans l’univers des enclumes. C’est la raison pour laquelle nous avons emprunté le titre de ce blog Enclumes de rêve à une série d’œuvres du sculpteur basque Eduardo Chillida qui fit dans les années cinquante son apprentissage chez un forgeron d'Hernani en Gipuzkoa.

(1) Boyé Evelyne et Jean-Patrick : Enclumes et bigornes anciennes, Préface de Roger Verdier, Editions du cabinet d’expertises, 180 p. 2009. Deuxième édition entièrement refondue en 2011 de meilleure qualité, avec une préface de Jean-Claude Péretz. 58 euros, en vente chez l'auteur: 51 rue de la Cité, 10.000 Troyes. Tél: 06 85 20 68 84.

                                                                          Pantxoa Rabeux

                                                                          et Arnaud Duny-Pétré

                                                                          Donibane Garazi St-Jean-Pied-de-Port

Enclume 18quart expo W Vallorbe

Enclume de la collection de Pierre Wegmüller exposée au musée du fer à Vallorbe durant l'été 2012. Enclume forgée avec trois pilastres cannelés. Originaire du Jura Suisse. Datation: fin XVe siècle ou début XVIe siècle. Poids: 90 kg. environ.

 

Aurkibidea

1- Au musée du fer de Vallorbe en Suisse.

2- Enclumes de rêve du sculpteur basque Eduardo Chillida.

3- Lou Foc à Fontenilles: carillon d'enclumes.

4- Dominique Bargiel: je forge comme je parle.

5- Enclume de 1792, essai d'interprétation.

6- Paul Felller: l'outil.

7- Frères Le Nain: le tableau La forge, commenté par Sainte-Beuve.

8- Paul Feller: l'enclume.

9- Paul Feller: le marteau.

10- De la fabrication des enclumes par Duhamel du Monceau (résumé).

11- Paul Feller: pinces, tenailles, cisailles, brucelles.

12- Olerkiak eta beste.

13- Daniel Boucard: outils de forge.

14- Daniel Boucard: métiers du fer.

15- Parler de métiers du fer.

16-  Blondel: le maillet, le marteau et l'enclume.

17- Velter et Lamothe: origines de la métallurgie.

18- Velter et Lamothe: le forgeron.

19- Velter et Lamothe: le coutelier.

20- Velter et Lamothe: le serrurier.

21- Velter et Lamothe: le maréchal-ferrant.

22- Velter et Lamothe: l'armurier, l'arquebusier.

23- Salvatore d'Onofrio: La flamme d'orgueil.

Enclume 18 expo W Valorbe 2012 (2)

Enclume 18 bis expo W Valorbe 2012

Enclume 18quint expo W Vallorbe 2012

 


1- Expo musée du fer

Exposition d'enclumes

au musée du fer

à Vallorbe

Voila un musée relativement petit par la taille mais grand par le contenu et les qualités pédagogiques. Situé dans une vallée suisse entre Genève et le département français du Doubs, ce musée du fer témoigne du prestigieux passé industriel d’une région, hier encore célèbre pour la qualité de ses limes. Il se trouve situé au cœur du village, dans les ateliers de forge de Vallorbe actionnés par la force hydraulique. Le musée est encore vivant, une de ses qualités majeures, avec plusieurs ateliers qui fonctionnent encore et font l’objet de démonstrations. Extractions du fer, fabrication en bas fourneaux et transformation grâce à tout l’outillage requis, du plus primitif jusqu’aux machines industrielles et à la production haut de gamme d’aujourd’hui, le panorama est complet. En son dernier étage, ce musée est aussi celui du chemin de fer, avec l’excellente présentation de l’histoire de la ligne qui, dès le XIXe siècle, transforma durablement la vallée.

En 2012, le musée de Vallorbe organisa une exposition d’enclumes, extraites de la collection de Pierre Wegmüller. Ce fut pour les amateurs un grand moment, tant il est rare de voir, d’approcher, de sentir leur forte présence, de se laisser émouvoir par la puissance de cet ensemble exceptionnel, présenté dans des conditions remarquables.

Enclume 21 expo W Vallorbe 2012

Une des plus belles enclumes de la collection de Willy Haag, exposée au musée du fer à Vallorbe durant l'été 2012. Enclume forgée avec trois pilastres cannelés, le pilastre central est sur une tête de diable. Multifonctions, originaire de la vallée de Delémont. Datation: fin XVe siècle. Poids: 90 kg. environ. La tête figurant en pied représente le diable, le forgeron travaillant avec les forces obscures, celles de l'enfer. La coutume veut que lorsqu'un forgeron commence sa journée de travail, son premier coup de marteau soit destiné à la tête du diable, d'où le nez écrasé de celui-ci. 

Enclume 21quart expo W Vallorbe 2012

Enclume 21quint expo W Vallorbe 2012

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2- Chillida

Les enclumes de rêve

d’Eduardo Chillida

Extrait de la monographie de Claude Esteban sur Eduardo Chillida, Maeght éditeur, 208 pages, 1971

Enclumede rêve XVII

Enclume de rêve XVII par Eduardo Chillida, 1966, fer et granit.

La première de ces Enclumes donne en quelque sorte la note d’ordre inaugural: la forme s’y développe, bien assurée —étrave dans l’espace, nef avec ses châteaux, quille légère et balancements. Enclume II, dont on comprend sans peine que Braque l’ait «reconnue», esquisse l’envol d’un oiseau dans ses fers larges, calmement lancés sur le ciel, ses grandes plages planes d’équilibre. Mais Enclume III vit déjà avec une sorte d’avidité la bataille du signe contre lui-même. Cette enclume n’est plus l’assise native où le fer a destin d’être battu: hier invulnérable sous les coups, il semble qu’elle soit devenue pour le marteau le théâtre même de ‘attaque. Etonnant apologue… Ce qui servait à forger —l’assurance première, la partenaire immuable de l’effort— est à son tour forgé, incurvé, distordu. Ce bloc, ce calme bloc de jadis, subsiste —mais à l’état d’échancrure. L’enclume — rien d’autre qu’un matériau travaillé par quel «rêve» hors du commun qui dénie sas fatalité au partage habituel du monde !... Retournant ainsi l’outil contre soi, Chillida porte le conflit, plus manifestement encore que dans les Fers de tremblements, au cœur de son projet. L’enclume doit mourir à son trop clair génie pour renaître forgeronne, non plus d’objets multiples, diversifiés dasn l’étendue — mais forgeronne de l’espace lui-même. Il lui faut traverser le temps de l’agonie: elle, la fille dure d’Héphaïstos, la préférée, voici qu’elle est livrée à l’empire du feu, aux éclairs qui jaillissent d’elle, hier sans la blesser. Et Enclume V n’est plus que l’âme impatiente de la forge: dénégation de sa densité, de sas consistance opaque, elle s’ouvre en un déchirement de ramures. «Papillon en cendres démembré» écrivait Góngora de la yeuse torse qui se consume.

Un rêve, oui, l’appel d’une voix perçue ailleurs, ont guidé cette main qui bat le fer au point d’y incorporer, vive, la substance poreuse de l’air — l’air alentour, l’air au-dedans, et se jouant de tout l’effort qu’il a fallu porter au métal noir pour le réduire!... Enclume IX, Enclume XI parachèvent ce mouvement d’ascension: le fer y figure une manière de rythme invocateur, une invitation lancée à l’espace innombrable. Voilures désirantes — rêvant de sphères et de constellations, aspirant à cette harmonie courbe où le temps et l’étendue s’épousent en conjonctions parfaites. D’autres enclumes naîtront encore. Mais ce qui fut longtemps l’inquiète expectative de la forme palpite maintenant d’un souffle silencieux. Ces enclumes ne pèsent plus. Elles gravitent, aériennes, sous le soleil.

Enclume de rêve XII

Enclume de rêve XII par Eduardo Chillida, 1954-1962, fer et granit.

Enclume de rêve IV

Enclume de rêve IV par Eduardo Chillida, 1954-1958, fer et bois.

Enclume de rêve II

Enclume de rêve II par Eduardo Chillida, 1954-1958, fer et bois.

Enclume de rêve XIII

Enclume de rêve XIII par Eduardo Chillida, 1954-1962, fer et bois.

 

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3- Fontenilles

Carillon d’enclumes

Ou la petite histoire des meilleures amies du monde 

Enclume 11 expo W Vallorbe 2012

Enclume de la collection de Pierre Wegmüller exposée au musée du fer à Vallorbe durant l'été 2012.

Chapitre I

Au commencement était l’enclume... et son maître, le forgeron, en la faisant sonner, rythmait la journée des villageois, annonçant telle activité journalière ou saisonnière mais aussi telle fête ou cérémonie.

La voix de l’enclume, par la main du forgeron, antique Vulcain, celui qui maîtrise les trois éléments — le feu, dans le foyer, l’air dans le soufflet et l’eau pour le refroidissement — résonnait dans la campagne: elle donnait l’heure, avertissait des dangers, permettant aux villageois de dialoguer d’un village à l’autre.

Chapitre II

Est apparue la cloche... A l’origine, deux pierres — cloc’h en ancien irlandais veut dire pierre — choisies pour produire un son cristallin, que les prêtres celtiques de l’antiquité frappaient l’une contre l’autre pour s’annoncer; elles furent remplacées par des morceaux de métal dont l’un servait d’enclume et l’autre de frappe.

Ainsi est née la cloche. Comme l’enclume, dont elle est si proche, elle a traversé le temps pour arriver jusqu’à nous.

Enclume 11bis expo W Vallorbe 2012

Chapitre III

Quand enclume et cloches sonnaient de concert... L’enclume, par son poids et sa taille, rythmait la vie collective alors que la cloche des prêtres appelait à des événements personnels.

L’une et l’autre avaient une place sonore dans la vie collective. Nul ne pensait à privilégier une de ces deux sources d’annonce du passage du temps. L’enclume, comme une grosse cloche païenne; la cloche telle une petite enclume portative sacerdotale. Toutes les deux veillaient.

 

Chapitre IV

Avec le temps, le son le plus fort l’emporta... Mue par le désir d’évangélisation, la chrétienté s’appropria la cloc’h des prêtres. La cloche grossit, grandit, s’accrocha à des clochers de plus en plus haut. Elle couvrit par la puissance de sa sonorité la voix païenne des enclumes.

En conclusion et en continuité de ce temps passé, durant ces deux journées passées à Fontenilles, nous réveillons les enclumes pour les faire carillonner au grand jour.

                                                                          Lou Foc à Fontenilles

Enclume 11quint expo W Vallorbe 2012

 

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4- Bargiel

Je forge comme je parle

Dominique Bargiel, forgeron

Enclume 9quart expo W Vallorbe 2012

 Enclume de la collection de Pierre Wegmüller exposée au musée du fer à Vallorbe durant l'été 2012

Lorsque je forge, il n'y a pas de réflexion et de pensée ; il n'y a pas d'arrêt ni de barrière. Tout suit. Ça coule comme un courant. Le mot clé : l'énergie. Je suis totalement détendu et je ressens des courants, un balancement, une vague.

Je saisis le marteau après la chauffe et je ne frappe pas la lame, je la forme ; toute la nuance réside là. Au retour dans le feu, elle se recharge un peu comme une antenne. Je laisse respirer la lame dans le feu. Le métal seul décide et pas moi. Je ne fais que guider par mes mouvements l'énergie de la pièce à forger.

Tous les mouvements sont contrôlés, ou plutôt j'ai l'impression de les contrôler. Je guide mes mouvements et ceux-ci donnent un rythme. Celui-ci, qui peut paraître puissant, est en réalité calme à l'identique des arts martiaux. Le rythme centralise. Et je me retrouve vers mon centre à moi. J'ai alors la nette sensation de me situer dans un cercle et un espace où aucun déséquilibre n'apparaît. C'est ainsi que se crée une assise et une harmonie. Lorsque j'admire le panorama d'un paysage, j'ai la même sensation : état d'émerveillement, état de calme, tout se vide, tout est en phase et en harmonie.

Alors je ne fais plus qu'un avec les éléments : le feu, la ventilation, l'acier, le public s'il est présent. Je ressens un bien-être.

Pour accéder au site de Dominique Bargiel: http://www.kera12.fr

Enclume 9sept expo W valllorbe 2012

 

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5- Enclume 1792

 

Enclume compagnonnique

datée de 1792

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Longueur 43 cm, hauteur 26 cm, poids 35 kg. Collection privée.

Enclume 1792-1

Cette enclume présente en décoration un arbre de vie et une étoile à huit branches. Sur sa poitrine et son pied, figurent les lettres PRFV, sans doute font-elles référence au pseudonyme du Compagnon du devoir qui l'a forgée ou utilisée. Ou bien s'agit-il d'une formVoici quelques éléments pour une interprétation.

Symbolisme de l’étoile à huit branches

Extrait d’un article d’Abellion le Polygraphe

L’étoile à huit branches est formée de deux étoiles à quatre branches entrelacées. Du fait de cette construction, la symbolique de l’étoile à huit branches doit aussi être comprise à partir de celle de l’étoile à quatre branches, qu’elle redouble. L’étoile à quatre branches peut représenter les quatre éléments (eau, feu, terre, air) ; l’étoile à huit branches signifie alors les quatre mélanges qui peuvent se faire entre ces éléments premiers. L’étoile à quatre branche représente également les quatre point cardinaux, et l’étoile à huit branches les directions intermédiaires : nord-ouest, nord-est, sud-ouest, sud-est. Dans la plupart des civilisations, l’étoile à huit branches représente un astre : lune, soleil, planète, étoile, comète, etc. (…) Notons la présence de l’étoile à huit branches sur le 17e arcane du tarot, l’étoile, symbole de l’aide (connaissance, rédemption) venue du ciel. Mais cette arcane 17 ne montre pas l’étoile en compagnie d’une jeune fille, mais des astrologues, et parfois les trois mages.

L’étoile à huit branches dans la symbolique chrétienne. L’étoile de Bethléem qui guida les rois mages, est généralement représentée comme une étoile à huit branches dans l’art sacré. De ce fait, elle devient le symbole de la nativité du Christ et de la rédemption qu’il apporte aux hommes. Parfois, l’étoile à huit branches représente aussi le Christ glorieux et ressuscité. Cette étoile est aussi en lien avec la symbolique chrétienne du nombre 8 : ainsi, pour les Pères, après les sept jours de la création, il existait un huitième jour qui symbolisait le jugement et le retour du Christ à la fin des temps. Dans ce cadre le 8 symbolise la destinée future de l’humanité. Il est aussi à noter, dans cet ordre d’idée, que les font baptismaux ont souvent une forme octogonale, symbolisant la naissance du «nouvel Adam».

Symbolisme de l’arbre de vie

La représentation de l’arbre de vie est reprise dans des domaines aussi divers que la religion, la science, la mythologie, la philosophie. La signification de son motif diffère selon les contextes. L’arbre de vie fait référence à la notion d’évolution, il est utilisé métaphoriquement pour exprimer la notion d’une origine commune. L’Encyclopedia Britannica distingue l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance, deux formes de l’arbre-monde ou arbre cosmique. L’arbre de vie relie les différentes formes de la vie dans la création, l’arbre de la connaissance relie le ciel et le monde souterrain.

Dans le christianisme, il s’agit d’un arbre qui porte des fruits conférant l’immortalité. Les Catholiques considèrent que l’humanité exempte de péché et de corruption est symbolisée par l’Arbre de Vie. L’arbre est mentionné dans le livre de l’Apocalypse, il possède des propriétés curatives.

Le symbole de l’arbre de vie représente également des qualités, des vertus, telles que la sagesse, la force, la protection, la beauté, la bonté, la rédemption. Cet arbre est associé au Créateur car il assure la protection, permet une production abondante de fruits et de ce fait, la régénération. Cette analogie permet également de décrire la vie des êtres humains: nous développons les «racines» de nos croyances qui s’expriment par le biais de la sagesse et le tronc (esprit et corps) les maintient connectées.

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6- Paul F

L’outil

Dialogue de l’homme avec la matière

Par Paul Feller et Fernand Touret

Editions Albert de Visscher, 226 p. 1987.

Reédit. EPA Hachette, 312 p. 2004.

Fondateur du Musée de l’outil et de la pensée ouvrière à Troyes, le Jésuite-forgeron Paul Feller est un grand spécialiste de l’outil et du travail manuel. Voici l’avis au lecteur de son ouvrage majeur. 

Enclume 15bis expo W Vallorbe 2012

 Enclume de la collection de Pierre Wegmüller exposée au musée du fer à Vallorbe durant l'été 2012. Enclume forgée avec un pilastre rond sur un socle sphérique. Métier: maréchalerie. Provenance: Suisse, région du Château d'Oex. Datation: XVIe siècle. Poids: 110 kg. environ.

Pratique, beau, divers, l’outil transpire l’unité de l’homme qui l’a conçu, utilisé, soigné, transmis… Particulier en son utilité, il sue bien davantage encore l’unité d’un Homme dont tout porte à penser qu’il est devenu faber à force de s’être voulu sapiens. Rustique souvent, orné presque toujours, il procède davantage du sacré que du profane. Il est vif, vigoureux, franc, et, plus encore qu’efficient il fait non seulement ce que veut l’homme, mais il fait de l’homme ce qu’il veut devenir : l’Homme.

Etant ici ceci et là cela, partout, il est semblable à soi-même : «le signe d’un mieux vivre» dont la plus-value assure à qui s’en sert adroitement le pain dans la main. Le couteau, pour couper bien doit couper mieux. Là, plus profondément que ce qui le sépare des autres, l’homme en tant qu’il est faber se montre au plus haut point sapiens ; là, l’Homme passe l’homme.

A qui veut entendre les outils nous dirions : le prenant en votre main pour vous en servir —ne fût-ce qu’en esprit—, goûtez l’Homme qui gît en vous, universel…

                                                                Le 7 septembre 1968

                                                                Paul Feller

Enclume 15quart expo W Vallorbe 2012

Enclume 15ter expo W Vallorbe 2012

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7- Peintre

La forge

par les frères Le Nain

Tableau de 69x 57 cm, au Louvre, peint vers 1640

Le Nain

Comment se représenter forges et forgerons des temps héroïques, autrement dit avant la révolution industrielle du XIXe siècle, A l’époque, seuls les notables avaient l’habitude et les moyens de se faire peindre. Rares furent donc les artistes intéressés par le quotidien des laboureurs ou des artisans.

Heureusement pour nous, les frères Antoine, Louis et Mathieu Le Nain firent exception à la règle en peignant, entre autres, La Forge, tableau qui fut même acquis, dit-on, par le roi Louis XIV. Le grand critique Sainte-Beuve (1804-1869) en a laissé une description et une analyse touchantes : « On est devant la forge dont le foyer ardent éclaire le fond du tableau et se réfléchit sur les visages groupés alentour ; le maréchal tient son fer au feu, il n’attend que l’instant de prendre son marteau dont le manche est à portée de sa main et de battre l’enclume que rase un reflet de flamme. L’aîné des enfants tire le soufflet de la forge, pendant qu’un plus jeune frère regarde avec insouciance, les mains derrière le dos. La femme du forgeron, grande paysanne habillée comme dans le nord de la France, est debout, les deux mains posées l’une sur l’autre : elle est en face, près de son mari qui est de trois-quarts. Le père, assis dans un coin, tient une gourde d’une main et de l’autre un verre (…)

L‘effet de lumière est si vrai, si large, si bien rendu, si pleinement harmonieux ; la bonté, l’intelligence et les vertus domestiques peintes sur toutes ces figures sont si parfaites et si parlantes, que l’œuvre attache, réjouit l’œil, tranquillise le cœur et fait rêver l’esprit. Le mot chef-d’œuvre n’est pas de trop.

Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, 5 janvier 1843.

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8- Feller enclume

L’enclume

L’outil, dialogue de l’homme avec la matière

Par Paul Feller et Fernand Touret, éditions Albert de Visscher, 226 p. 1987.

Reédit. EPA Hachette, 312 p. 2004.

Fondateur du Musée de l’outil et de la pensée ouvrière à Troyes, le Jésuite-forgeron Paul Feller est un grand spécialiste de l’outil et du travail manuel. Voici le chapitre sur l’enclume extrait de son ouvrage majeur. 

Enclume 16ter expo W Vallorbe 2012

Enclume de la collection de Pierre Wegmüller exposée au musée du fer à Vallorbe durant l'été 2012Enclume forgée avec pilastre rond sur un socle. Décoration: gueules de loup sur le premier étage des empatements. Métier: maréchalerie. Originaire de Fribourg. Datée de 1786. Poids: 130 kg environ. 

Le billot, gros bloc de bois pris en travers en travers d’un tronc d’arbre, qui supporte l’enclume se retrouve dans toutes les formes jusqu’à nos jours. Il tient l’enclume bien en place et assure l’élasticité nécessaire à toute frappe sur métal. On le fiche en terre ; au fond du trou on a placé de quoi assurer une base solide.

L’antiquité classique accorde aux dieux forgerons le don de l’enclume (comme de tous les outils et procédés de la forge) ; elle est, avec le marteau, l’insigne de Vulcain ; mais il faut se garder des représentations qui montrent déjà des formes tardives, évoluées, que l’on ne doit pas considérer comme primitives.

Le haut Moyen Age européen offre peu de représentations d’enclumes, les formes varient du tas massif à la bigorne. Par contre, à partir du XIIIe siècle, nous voyons fleurir une riche iconographie, qui nous montre encore la coexistence d’aspects divers ; mais incontestablement l’évolution vers deux modes, qui continueront à coexister : l’enclume plate en tas (qui sera celle de l’armurerie) en l’enclume cornue. Il se dessine que la bigorne classique conquiert hautement la forge et la maréchalerie. L’évolution particulière de certains métiers du métal (armurerie, serrurerie, chaudronnerie, etc.) précisera certaines adaptations qui subsistent : des tas fichés ou posés, où la table s’évase et se courbe, la bigorne à pied fiché, étroite et longue où la table a presque totalement disparu (potence). Notre enclume à bigorne, qui, avec quelques légères variations est l’outil essentiel de la forge du XVIIe au XXe siècle est une masse de fer forgé, dont la partie supérieure plate (la table) est acérée, ainsi que les deux extrémités (les cornes). On distingue :

Le ventre (quelquefois poitrine ou estomac), bloc de fer massif qui constitue le corps, et monté jusqu’au plat supérieur appelé table. Les cornes (quelquefois des branches), l’une conique, dite ronde, l’autre en pyramide (dite carrée) dont les parties supérieures (un triangle pour la corne carrée, une ligne pour la corne ronde) sont exactement dans le plan de la table.

Les pieds, qui sont à la base du ventre, s’évasent un peu vers l’extérieur (condition de bonne stabilité). Ils sont deux au moins, de part et d’autre dans la direction des cornes, quelquefois chacun se sépare en deux parties portantes. Ils reposent directement sur le billot bien à plat.

Sur la table, vers un coin (en général du côté de la corne ronde), se trouve un trou à ouverture carrée, qui s’ouvre transversalement, à moindre ouverture : c’est l’oeil (quelquefois hirondelle), destiné à recevoir les crochets, tasseaux ou tranches.

Enclume 16quint expo W Vallorbe 2012 

La fabrication de l’enclume

Nous ne parlerons ici que des enclumes les plus répandues, les enclumes des forgerons, taillandiers, serruriers et autres artisans du fer, qui sont en fer forgé ou acéré. Ces enclumes sont des masses de fer, acérées dans la partie supérieure et jusqu’aux extrémités des bigornes. Elles ont avec les grands essieux, les axes de roues hydrauliques, les plus grosses pièces qu’on ait travaillées en forgé jusqu’au XIXe siècle. Pour forger les bonnes enclumes, on forge et on étire au marteau des parallélipipèdes de fer bien épuré. On y soude des ringards (c’est-à-dire des barreaux de fer) pièces « postiches » qui serviront à les manier plus facilement à la forge et sur le tas et qu’on retranche quand l’enclume a été forgée et soudée aux endroits où elle doit l’être.  

On trouve l’enclume aux premiers temps de l’âge de bronze, imitaient les formes de la pierre polie, les premiers objets de bronze imitaient les formes da la pierre polie, les premiers objets de fer sont martelés comme ceux qui les précèdent (dans les mêmes formes) à l’âge de bronze. Aussi peut-on légitimement penser que les premières enclumes à forger à chaud, ont été peu différentes des tas c=de chaudronnier, qui servent à modeler le bronze malléable au marteau.

Mais si les exigences du fer sont impérieuses, les facilités qu’il apporte sont exceptionnelles : il ne peut se modeler qu’à chaud ; mais il se modèle et se soude alors facilement (ce qui n’est pas le cas du bronze et l’époque de la Tène III cherche une forme qui soit mieux appropriée aux desseins de la forge. Elle semble l’avoir trouvée aux débuts de l’époque impériale romaine, sous une forme classique encore actuelle : la bigorne.

La longue coexistence, dans les pays méditerranéens, du bronze et du fer maintient une forme en tas, compacte, à table carrée ; une forme unicorne et diverses formes ayant une ou deux avancées courbes. Déjà le dualisme se propose : enclumes posées sur le billot, enclumes encastrées. La plus ancienne bigorne connue serait celle qui fut trouvée à Szalaczka (près de Kopervâr Hongrie) qui remonte à la Tène III ; elle est à pied fiché.

Enclume 16-11 expo W Vallorbe

Pour faire une enclume ordinaire, on forge quatre parallélipipèdes rectangles semblables entre eux ; on les soude deux à deux à chaude portée ; puis, de la même façon on soude les deux blocs entre eux. Le tout constitue le corps de l’enclume. Il s’agit de joindre au corps ainsi obtenu toutes les mises qui sont nécessaires.

Les ringards temporaires ayant été tranchés à ras, on en place un autre appelé jauge au milieu d’un des petits côtés du corps. C’est une forte barre carrée qui entre d’un bout dans un trou ménagé à cet effet dans la masse de fer ; et de l’autre dans un long rouleau de bois cerclé de fer. Ce rouleau est suspendu par son milieu dans une potence mobile. L’ouvrier qui va guider cette masse de fer, tant au feu que sur le tas, appelé jaugeur, la manoeuvrera de l’autre bout du rouleau, par une manivelle transversale. On chauffe le corps de l’enclume en le transportant à la grande forge. On place directement sur les charbons la face où seront soudées les mises de fer sur de petites forges. Les mise de fer qui sont ainsi soudées constituent les pieds et la poitrine (ou estomac) de l’enclume. Il faut ensuite lui rapporter les deux bouts ou cornes. On fait alors chauffer à nouveau à la grande forge le corps ainsi obtenu, de façons qu’il chauffe fortement à l’endroit où doit se rapporter la mise qui constituera la corne. Celle-ci chauffe à petite forge.

Enclume 16sept expo W Vallorbe 2012

Quand on a soudé les pièces qui constitueront les cornes, on doit souder, tant sur la table que sur les cornes, une mise d’acier en plaques. Cette opération d’acérage de la partie supérieure est difficile et seuls les ouvriers très qualifiés en étaient capables. On trempe ensuite l’enclume. Pour cela, on la renverse sur un grille à charbon ; et quand la température est à point, on l’immerge dans un grand cuveau plein d’eau.

Les forgerons quia achetaient leurs enclumes aux taillandiers « testaient «  cette enclume « au son » et à la lime. Elle pouvait ne pas leur convenir quant à la trempe et donc à la dureté de la table. Mieux valait acheter une enclume plutôt dure, quitte à la faire revenir un peu. Mais faire revenir une enclume était une opération délicate. Seuls les grands forgerons pouvaient le faire.

AAA côté des enclumes classiques, celles des forgerons, il existe des enclumes de formes très variées. Une dizaine de formes secondaires sont assez fréquentes ; mais il n’était pas rare, jusqu’au début du XXe siècle de voir certains aménagements particuliers, correspondant à des utilités personnelles. Dans certains métiers, comme ceux du chaudronnier, de ferblantier, de charron, de tonnelier, la bigorne s’allège et s’allonge, le corps se rétrécit, jusqu’à se présenter comme une potence en T. Certains métiers donnent à l’enclume des formes qui permettent les opérations qui leurs sont propres. Ainsi s’explique le boudin qui est sur la table des enclumes de couteliers: il permettait de faire le creux latéral des rasoirs.

Enclume 16non expo W Vallorbe 2012

La potence et les enclumettes, les tas de suage, sont à «pied fiché» : c’est-à-dire terminés par une pyramide de section rectangulaire qui s’enfonce dans le billot et s’y appuie sur un épaulement. L’armurerie avait mis en œuvre, vers la fin du Moyen Age et jusqu’au XVIIIe siècle, des enclumes sans cornes, à la surface plane en courbe d’une grande variété de formes. II en subsiste quelques exemplaires dans la dinanderie et l’orfèvrerie. Les ouvriers du cuir se servent en guise d’enclume, pour battre le cuir, de gros galets de pierres dures, lisses. Ce sont le plus souvent des gneiss roulés par les torrents. Ils ont un son cristallin comme les enclumes de fer.

L’enclume est inséparable du marteau. Ils constituent un «complexe» qui a laissé bien des traces dans le folklore d’Europe et d’Asie. L’assimilation à peu près générale, de l’homme au marteau et le la femme à l’enclume se réfère à une interaction relative. Mais l’épouse battue, dont l’enclume est le symbole, s’en console en pensant qu’elle survivra à celui qui la frappe. Les enclumes en effet usent successivement plusieurs marteaux.

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9- Feller marteau

Le marteau

L’outil, dialogue de l’homme avec la matière

Par Paul Feller et Fernand Touret, éditions Albert de Visscher, 226 p. 1987. Reédit. EPA Hachette, 312 p. 2004.

Fondateur du Musée de l’outil et de la pensée ouvrière à Troyes, le Jésuite-forgeron Paul Feller est un grand spécialiste de l’outil et du travail manuel. Voici le chapitre sur le marteau extrait de son ouvrage majeur.

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Enclume de la collection de Pierre Wegmüller exposée au musée du fer à Vallorbe durant l'été 2012. Enclume forgée, sanglier à cinq pattes. Métier: maréchalerie. Originaire du centre de la France. Datation: XVIIe siècle. Poids: 130 kg environ.

Généralités

Nous n’insisterons pas sur l’importance exceptionnelle des outils de frappe, tant à l’origine de l’outillage que dans leur rapport avec l’évolution de toutes les techniques. Parmi tous ces outils, le marteau se présente d’une façon particulière : absolument parfait, totalement adapté au travail qui lui est demandé ; à partir du moment où il fut emmanché, il a évolué en spécialisant ses formes, en les adaptant à tous les travaux sans que l’idée en soit modifiée.

Il est devenu impossible de faire la nomenclature de tous les marteaux existants. Non seulement l’arsenal ouvrier n’a perdu aucun des marteaux utilisés depuis l’antiquité, mais il s’en crée chaque jour de nouveaux pour les besoins de travaux où les matériaux récents exigent des techniques nouvelles. Un premier perfectionnement, toutefois, mérite d’être constaté dans les origines préhistoriques. Les haches-marteaux de pierre, déjà emmanchées comme les nôtres au néolithique, ne pouvaient frapper qu’un matériau d’une certaine plasticité (bois, os, corne), et se brisaient rapidement au choc d’une matière dure. Il faut arriver à l’âge du bronze pour rencontrer le marteau métallique dont la frappe sur tout objet (ou autre outil dur) ne met pas en danger la tête devenue résistante. Le marteau de fer amène la mutation définitive de la tête percutante et nous avons alors déjà notre marteau de forge, à partir duquel l’évolution se fera par des différenciations successives. Ce marteau existait sans doute à la fin de l’époque de Hallstatt. La fabrication d’armes en fer de ce temps impliquent la différenciation de la tête (frappant largement d=sur un plat) et de la panne (frappant linéairement, de biais et en travers du fer). A
la Tène III, l’outil présente d »jà des modèles nombreux adaptés à des travaux raffinés (marteaux de Celles, de Karlstein et de Stradonitz).

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Voici donc l’ancêtre générique de nos marteaux, la panne qui lui est opposée s’aplatit transversalement pour présenter en bout une surface étroite presque linéaire. L’œil qui traverse la tête est ovale. Le manche a trois pu quatre fois la longueur du corps métallique. Il s’insère exactement dans l’ovale de l’œil.

L’époque gallo-romaine nous présente des marteaux de dinandiers, d’orfèvres, de monnayeurs, de cordonniers (à battre le cuir), de charpentiers, de menuisiers, de tailleurs de pierre, et même déjà des marteaux dont la panne est ouverte en «pied de biche» pour arracher les clous, outre un grand nombre de marteaux dont les formes sont difficiles à rapporter aux métiers du temps, mais que rappellent certains des nôtres. Un grand nombre de masses lourdes peuvent avoir été utilisées pour la forge, l’enfoncement des pieux, l’écrasement des pierres et bien d’autres travaux. Tous ces marteaux ont traversé le Moye Age sans grandes modifications. Mais à partir du XIIIe siècle (nous avons constaté cela pour bien d’autres outils), l’évolution et la différenciation reprend. Dans ce qui suit, nous ne pourrons insister que sur certains marteaux, les plus caractéristiques.

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L’usage du marteau

Le travail du marteau, dit le physiologiste Demeny, est proportionnelle au produit de sas masse par le carré de sa vitesse. Aussi son effet utile provient-il du bras qui ait le manier. Il peut se mesurer par l’effet nécessaire à enfoncer un clou et par la longueur dont ce clou a pénétré dans la planche… On lui fait acquérir sa vitesse par une trajectoire qui lui donne le temps de s’incliner sans trop de dépense de force. La masse de ce marteau agit dans le même sens et augmente l’intensité du choc. Il ne suffit pas de faire décrire au marteau un long chemin ; il faut surtout toujours accélérer le mouvement et ne jamais le retenir. La main doit constamment aller plus vite que lui et exercer ainsi une pression sur le manche dans la direction du trajet. Tous les éléments du bras, de l’avant-bras, du poignet et des doigts y contribuent. (Demeny, « Mécanisme et éducation des mouvements »).

Un autre point important st d’éviter les déviations soit au moment du choc, soit dans le moment instantané qui suit le choc, par l’effet de la réaction. Ces conditions posent un problème que les premiers ouvriers, dès la préhistoire, ont résolu par sélection et fixation des formes rationnelles que la théorie mécanique ne viendra justifier que bien longtemps après.

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Théorie du marteau

Les conditions de la bonne utilisation di marteau sont :

1° que le choc soit net, bien contrôlé, et qu’à l’instant où il se produit, la tête  du marteau ne soit pas le siège de mouvements discordants qui affecteraient l’outil ou l’objet frappé ;

2° que la main et le bras ne subissent pas des déviations latérales et ne soient pas entraînés vers le haut.

C’est à ces conditions que répond la forme du marteau ; c’est-à-dire sa symétrie longitudinale qui lui permet de s’opposer aux mouvements transversaux.

La disposition de la panne (P) se dégage en retrait vers le manche et ramène ainsi le centre de gravité (G) de la masse métallique en arrière du centre de percussion R’ et un peu vers le bas. Le couple développé par le choc a donc un rayon de giration (GR’) très petit, qui tente de relever le marteau et d’appuyer la main vers le bas, ce qui est une bonne condition d’utilisation. Si le centre de gravité G était au contraire en avant de R4, le marteau tendrait à descendre et la main à se relever, l’ouvrier serait donc dans de mauvaises conditions.

Dans certains marteaux anciens, où la panne est plus longue que la tête, il n’est pas rare de rencontrer des dégorgements dans le profil de la tête. Ces dispositifs accentuant la façon large de la tête ont, de même que l’amenuisement de la panne, pour effet de ramener le centre de gravité en arrière du centre de percussion.

Ce n’est qu’au début du XVIIe siècle que les savants Wren, Huyghens et Wallis s’efforcèrent d’étudier la force considérable (au regard des masses mises en jeu) développées par le choc du marteau. Leur propos n’était pas de rendre compte du travail du marteau (c’était peut-être dommage) mais des effets des projectiles, et des sonnettes des constructeurs de pilotis. A l’intérieur de la Société Royale de Londres (1668) des formules satisfaisantes furent publiées. Les marteaux, on le comprendra aisément, ne furent pas pour autant modifiés. On ne put alors que constater leur perfection.

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 Enclume de la collection de Pierre Wegmüller exposée au musée du fer à Vallorbe durant l'été 2012. Enclume forgée, croix latine, fleurs, initiales du propriétaire et marques du forgeur. Métier: maréchalerie. Originaire de France. Datée de 1708. Poids: 84 kg.

Quelques formes générales de marteaux

Les marteaux lourds ont besoin soit d’un manche droit, dans le cas où l’effort, qui ne sera pas répété très souvent, nécessite une grande levée pour être transformé en puissance au bout de la chute, soit d’un manche court et courbé vers la tête (c’est-à-dire « fermé »), dans le cas d’un effort fréquemment renouvelé, mais d’une faible amplitude de levée.

Dans le premier cas, nous rencontrons les marteaux à frapper devant de la forge, les merlins de bouchers ou de casseurs de cailloux. Dans le second cas, se trouvent les marteaux des cloutiers, des chaudronniers des tailleurs de limes, tous marteaux qui n’ont pas de panne. Les marteaux moyens se rapprochent de la forme classique du marteau dit rivoir. Ils ont toujours une panne qui peut être utilisée dans une frappe particulière linéaire, ou bien si elle est ouverte en «pied-de-biche», servir d’arrache-clou.

Certains marteaux dont on doit obtenir un choc très sec et peu de puissance, et qui ont à fournir un travail continu et rythmique, sont montés dur un manche émincé derrière la tête. Ce manche est donc d’une certaine élasticité. Tels sont les marteaux de tapissiers, les marteaux de graveurs, d’orfèvres et d’horlogers.

Les marteaux destinés à travailler les métaux à froid ont souvent deux têtes opposées l’une à l’autre, de formes un peu différentes, dont la surface frappante est en demi-sphère ou tout autre forme qui permet de pousser le métal dans la direction voulue.

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Marteaux et massettes

Mes marteaux acérés faits pour porter un coup sec, dur et dont la puissance est totalement transportée à l’objet qui est frappé, ne conviennent pas à certains travaux où cet objet doit être ménagé. Dans le cas où la pièce est fragile, résisterait mal au choc, ou au contraire lorsque sa dureté est très grande, il est nécessaire d’amortir ce choc et d’en rapporter l’effet sur le marteau lui-même. D’où il nous est venu deux autres catégories de marteaux : ceux à tête métallique en métal mou et ceux à tête en matériaux plastiques (corne de buffle, bois cerclé, fibre, etc.).

Nous rencontrons donc des massettes en cuivre rouge (serrurerie, armurerie, tournerie, mécanique) en cuivre jaune ou laiton, d’autres en plomb (soit coulé d’un seul bloc, soit localisé dans un logement de la tête).

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