La forge

par les frères Le Nain

Tableau de 69x 57 cm, au Louvre, peint vers 1640

Le Nain

Comment se représenter forges et forgerons des temps héroïques, autrement dit avant la révolution industrielle du XIXe siècle, A l’époque, seuls les notables avaient l’habitude et les moyens de se faire peindre. Rares furent donc les artistes intéressés par le quotidien des laboureurs ou des artisans.

Heureusement pour nous, les frères Antoine, Louis et Mathieu Le Nain firent exception à la règle en peignant, entre autres, La Forge, tableau qui fut même acquis, dit-on, par le roi Louis XIV. Le grand critique Sainte-Beuve (1804-1869) en a laissé une description et une analyse touchantes : « On est devant la forge dont le foyer ardent éclaire le fond du tableau et se réfléchit sur les visages groupés alentour ; le maréchal tient son fer au feu, il n’attend que l’instant de prendre son marteau dont le manche est à portée de sa main et de battre l’enclume que rase un reflet de flamme. L’aîné des enfants tire le soufflet de la forge, pendant qu’un plus jeune frère regarde avec insouciance, les mains derrière le dos. La femme du forgeron, grande paysanne habillée comme dans le nord de la France, est debout, les deux mains posées l’une sur l’autre : elle est en face, près de son mari qui est de trois-quarts. Le père, assis dans un coin, tient une gourde d’une main et de l’autre un verre (…)

L‘effet de lumière est si vrai, si large, si bien rendu, si pleinement harmonieux ; la bonté, l’intelligence et les vertus domestiques peintes sur toutes ces figures sont si parfaites et si parlantes, que l’œuvre attache, réjouit l’œil, tranquillise le cœur et fait rêver l’esprit. Le mot chef-d’œuvre n’est pas de trop.

Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, 5 janvier 1843.